L’Art de la Guerre est certainement l’un des traités les plus célèbres et les
plus étudiés de la littérature militaire universelle. Il en existe de nombreuses
traductions : des dizaines en japonais, sept au moins en langue anglaise,
plusieurs en russe, une en allemand, une toute récente en italien.
La France, avec ses trois versions, figure honorablement. Mais cette
relative abondance est trompeuse. La première traduction, celle du père
Amiot, a une valeur essentiellement documentaire ; la traduction la plus
diffusée et la plus lue, celle de S. B Griffith, parue dans la collection
« Champs » aux éditions Flammarion, a été traduite à partir de l’anglais ; la
dernière en date, publiée aux éditions Economia en 1988, n’intègre pas les
commentaires chinois anciens, qui font le prix de la version de Griffith, et
elle exploite peu les découvertes archéologiques récentes ; surtout,
s’attachant à la littéralité, elle oblitère la spécificité de l’oeuvre.
